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Des rondelles séchées de racine de rhodiola dans une coupelle, à côté d’une tasse de tisane
Plantes

La rhodiola est-elle dangereuse pour le foie ?

26 octobre 2026 · 7 min de lecture ·

Aucun cas d’atteinte du foie imputable à la rhodiola seule n’est décrit dans l’évaluation de l’Agence européenne des médicaments, qui ne relève aucun effet indésirable grave. Un cas d’hépatite où elle figure parmi les causes possibles, aux côtés de l’ashwagandha, a toutefois été publié. Les risques les mieux décrits tiennent aux associations avec d’autres plantes ou avec des médicaments, et à la durée de prise.

Des atteintes du foie ont-elles été rapportées avec la rhodiola ?

Oui, mais de façon indirecte et isolée : un seul cas publié de lésion du foie met la rhodiola en cause, et seulement comme cause possible, en plus d’une autre plante. Il s’agit d’une série de cinq patients atteints d’une lésion du foie attribuée à des compléments d’ashwagandha (trois cas en Islande en 2017-2018, deux dans le réseau américain DILIN en 2016). Tous ont eu une jaunisse après 2 à 12 semaines de prise ; les tests hépatiques se sont normalisés en 1 à 5 mois chez quatre d’entre eux et aucun n’a développé d’insuffisance du foie. Chez l’un des cinq, les auteurs jugent la rhodiola possiblement en cause en plus de l’ashwagandha, et c’est l’ashwagandha qu’ils concluent hépatotoxique.

L’évaluation européenne cite par ailleurs une analyse de 147 cas d’effets indésirables liés à l’association de produits à base de plantes et de médicaments psychotropes. Un seul cas de jaunisse avec atteinte du foie y mentionne la rhodiola, chez une personne qui prenait aussi de la duloxétine et de la sertraline. L’EMA précise que les déclarations impliquant plusieurs substances ne peuvent pas être rattachées à la rhodiola.

Du côté de la nutrivigilance, le dispositif de l’Anses (compléments alimentaires, plantes comprises) a reçu 7 235 signalements entre le 13 novembre 2009 et le 31 décembre 2021, dont 1 869 en 2020 et 2021. Parmi les cas analysables, 5 % étaient sévères. Les six avis rendus sur des cas sévères d’imputabilité élevée sur cette période concernent d’autres compléments, dont trois hépatites aiguës ; aucun ne porte sur la rhodiola. La déclaration restant volontaire, cette absence ne prouve pas l’innocuité. Sur les cures dites de nettoyage du foie, voir ce que valent les remèdes de grand-mère pour le foie.

Que dit l’Agence européenne des médicaments sur la sécurité de la rhodiola ?

Elle conclut que l’usage traditionnel et les essais cliniques ne donnent pas de raison de craindre un problème de sécurité particulier, aucun événement grave n’étant rapporté, à condition de respecter le cadre de la monographie révisée le 20 mars 2024. Ce cadre est étroit : un extrait sec préparé à l’éthanol à 67-70 %, en forme solide par voie orale ; une poudre, une teinture ou un mélange de plantes en sortent.

PointCe que fixe la monographie de l’EMA (2024)
Dose par prise144 à 200 mg d’extrait sec, 1 à 2 fois par jour
Dose quotidienne144 à 400 mg
ÂgeAdultes et personnes âgées ; non recommandé avant 18 ans, faute de données
DuréeAvis d’un médecin ou d’un professionnel de santé qualifié si les symptômes persistent au-delà de 2 semaines
Contre-indicationHypersensibilité à la substance active
Grossesse et allaitementNon recommandés, sécurité non établie

Les effets indésirables listés, de fréquence inconnue, sont des maux de tête, des nausées, des douleurs abdominales, de la diarrhée, des éruptions et des démangeaisons. Dans un essai ouvert de 118 patients en épuisement (2 × 200 mg par jour pendant 12 semaines), 70 participants (59,3 %) ont signalé un événement indésirable et 4 ont arrêté à cause de lui ; dans un autre (101 participants, 4 semaines), 36 personnes (35,6 %) en ont eu un, aucun grave.

Une limite : la rubrique « résultats de laboratoire » de l’évaluation européenne indique « aucune donnée disponible ». L’absence de signal hépatique repose donc sur l’absence de déclarations, non sur des dosages systématiques des enzymes du foie dans les essais.

La rhodiola agit-elle vraiment sur la fatigue et le stress ?

Les preuves sont jugées insuffisantes par l’EMA, qui n’a pas pu retenir l’« usage bien établi » faute d’essais de qualité et se fonde sur l’ancienneté de l’usage : au moins 30 ans, dont 15 dans l’Union européenne, les extraits à l’éthanol étant utilisés dans l’UE depuis 1987. Les essais contrôlés portent sur de petits effectifs, souvent des sujets sains, avec des échelles non validées.

L’essai le plus proche d’un cas réel (Olsson et Schutgens, 2009) a comparé 29 patients traités et 30 sous placebo, atteints d’un syndrome de fatigue, avec 567 mg d’extrait par jour pendant 28 jours. Le score d’épuisement est passé de 4,27 à 4,01 sous rhodiola et de 4,33 à 4,26 sous placebo (p = 0,047) : un écart de 0,26 point contre 0,07, statistiquement significatif de justesse, mais minime et sur un petit échantillon.

Une méta-analyse de 11 essais contrôlés par placebo (Hung, 2011) conclut à des effets possibles, sans réplication indépendante ; une autre analyse (Blomkvist, 2009) juge les preuves insuffisantes en raison de défauts statistiques dans presque tous les essais. Les études ouvertes, sans groupe témoin (50 à 118 participants, 2 × 200 mg pendant 4 à 12 semaines), rapportent des améliorations dès la première semaine, sans pouvoir distinguer l’effet de la plante de celui de l’attente. Dans la dépression majeure, la rhodiola s’est montrée moins efficace que la sertraline (Mao, 2015, 57 patients).

Quel danger la rhodiola présente-t-elle avec d’autres médicaments ?

La monographie indique qu’aucune interaction cliniquement pertinente n’a été observée, mais l’évaluation détaille des signaux qui justifient la prudence avec les médicaments qui agissent sur le cerveau. Un patient de 68 ans, traité depuis des années par 20 mg de paroxétine par jour, a développé agitation, tremblements et syndrome végétatif 15 jours après avoir commencé un produit à la rhodiola (400 mg par jour) ; les auteurs y voient un possible syndrome sérotoninergique. La base européenne de pharmacovigilance rapporte aussi des cas isolés avec la sertraline, la paroxétine, la duloxétine et l’amitriptyline.

Côté enzymes, 13 volontaires sains ayant pris 290 mg d’extrait pendant 14 jours ont montré une baisse de 21 % du rapport entre le métabolite actif du losartan et le losartan, signe d’une activité réduite de l’enzyme CYP2C9. L’EMA juge la portée clinique incertaine et ne retient pas de risque. Si vous suivez un traitement antidépresseur, antipsychotique ou anxiolytique, ou un médicament contre l’hypertension comme le losartan, un avis du médecin ou du pharmacien avant de commencer est la précaution logique.

Pour une autre plante de compléments, voir les bienfaits et les risques du gotu kola.

Qui doit éviter la rhodiola, et que faire en cas de signes hépatiques ?

Les mineurs et les femmes enceintes ou qui allaitent ne devraient pas en prendre : l’EMA le déconseille, ne disposant d’aucune donnée de sécurité pour ces situations. Aucune donnée n’existe non plus chez les personnes ayant déjà une maladie du foie, et la monographie ne les mentionne pas : en l’absence d’information, une hépatopathie connue, un traitement hépatotoxique ou une association à d’autres plantes imposent d’en parler au médecin avant toute prise.

Les signes d’alerte décrits dans la série d’hépatites aux compléments de plantes sont la jaunisse (peau ou blanc des yeux jaunes), les démangeaisons persistantes, les nausées, la fatigue inhabituelle et l’inconfort abdominal, apparus entre 2 et 12 semaines après le début de la prise. Il faut alors arrêter le complément et consulter, avec la liste des ingrédients. Un effet indésirable lié à un complément se déclare sur le portail de signalement du ministère de la Santé ou sur le site de nutrivigilance de l’Anses, qui évalue ensuite le lien avec le produit.

La prudence vaut davantage pour un complément contenant plusieurs plantes, car l’agent responsable d’une atteinte du foie devient difficile à identifier : dans la série citée plus haut, quatre patients sur cinq prenaient d’autres suppléments en même temps. Le recul manque de la même façon pour l’huile de nigelle.

Questions fréquentes sur la rhodiola et le foie

Peut-on associer rhodiola et ashwagandha ?

La seule lésion du foie où la rhodiola est citée comme cause possible concernait un patient qui prenait aussi de l’ashwagandha, plante à laquelle les auteurs attribuent l’hépatotoxicité de la série. Les atteintes étaient cholestatiques ou mixtes, avec démangeaisons et bilirubine élevée pendant 5 à 20 semaines. Cette association est à éviter sans suivi médical.

La rhodiola protège-t-elle le foie ?

Aucune donnée humaine ne le montre. L’évaluation européenne cite uniquement des travaux sur des animaux, où le salidroside, un composé de la racine, a réduit des lésions du foie provoquées chez la souris (dont par le paracétamol à 300 mg par kg). Ces résultats ne justifient pas de la prendre pour protéger le foie.

Peut-on en prendre en continu pendant des mois ?

La monographie prévoit un avis médical dès que les symptômes durent plus de 2 semaines. Les plus longs essais, ouverts et non contrôlés, ont duré 12 semaines.

Que risque-t-on en cas de surdosage ?

Aucun cas de surdosage n’a été publié, selon l’évaluation de l’EMA. Au-delà de 400 mg d’extrait sec par jour, on sort du cadre étudié.

Au bout de combien de temps la rhodiola agit-elle ?

Les études ouvertes rapportent une amélioration dès la première semaine, voire dès le troisième jour dans l’une d’elles (82 patients), mais sans groupe placebo. Les essais contrôlés durent de 7 jours à 6 semaines, pour des effets modestes.

Sources

Sources consultées le 22 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.

  • Comité des médicaments à base de plantes (HMPC), Agence européenne des médicaments, « European Union herbal monograph on Rhodiola rosea L., rhizoma et radix, Final - Revision 1 », EMA/HMPC/24177/2023, 20 mars 2024. https://www.ema.europa.eu/en/documents/herbal-monograph/final-european-union-herbal-monograph-rhodiola-rosea-l-rhizoma-et-radix-revision-1_en.pdf
  • Comité des médicaments à base de plantes (HMPC), Agence européenne des médicaments, « Assessment report on Rhodiola rosea L., rhizoma et radix, Final - Revision 1 », EMA/HMPC/24186/2023, 2024. https://www.ema.europa.eu/en/documents/herbal-report/final-assessment-report-rhodiola-rosea-l-rhizoma-et-radix-revision-1_en.pdf
  • Björnsson H.K. et coll., « Ashwagandha-induced liver injury: A case series from Iceland and the US Drug-Induced Liver Injury Network », Liver International, avril 2020, 40(4):825-829. PMID 31991029. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31991029/
  • Anses, « Nutrivigilance, rapport d’activité 2020-2021 ». https://www.anses.fr/fr/system/files/RA-nutrivigilance-2020-21.pdf
  • Agence européenne des médicaments, « Rhodiolae roseae rhizoma et radix, herbal medicinal product » (résumé public). https://www.ema.europa.eu/en/medicines/herbal/rhodiolae-roseae-rhizoma-et-radix

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