
L’huile de ricin et ses bienfaits, du cuir chevelu aux cils
3 octobre 2026 · 5 min de lecture · La rédaction de Bien Portant
L’huile de ricin a un effet démontré, et ce n’est pas celui pour lequel on l’achète aujourd’hui. Son mécanisme laxatif est identifié jusqu’au récepteur cellulaire, ce qui est rare pour un produit naturel. Ses usages cosmétiques, cheveux, cils et sourcils, reposent en revanche sur l’expérience et sur ses propriétés physiques, pas sur des essais. Et une confusion tenace mérite d’être levée d’emblée : le poison contenu dans la graine de ricin ne se retrouve pas dans l’huile.
Sommaire
Une huile très particulière sur le plan chimique
L’huile de ricin est extraite des graines de Ricinus communis. Sa singularité tient à sa composition : elle est constituée à environ 90 % d’acide ricinoléique, un acide gras que l’on ne trouve pratiquement nulle part ailleurs en telle proportion.
C’est cet acide gras qui explique ses caractéristiques physiques, une viscosité très élevée et un pouvoir filmogène marqué. C’est aussi lui qui explique son action interne.
Sa densité rend son usage cosmétique un peu particulier : pure, elle est épaisse et colle. La plupart des utilisations gagnent à la mélanger à une huile plus fluide.
L’effet laxatif, le seul dont on connaisse le mécanisme
Une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences a établi la voie d’action : l’acide ricinoléique libéré dans l’intestin active les récepteurs prostanoïdes EP3, ce qui déclenche à la fois la laxation et la contraction utérine. [1]
Deux conséquences pratiques découlent de ce mécanisme unique.
D’abord, il s’agit d’un laxatif stimulant, puissant et imprévisible dans son délai. Il ne convient pas à un usage régulier contre la constipation, où les mesures alimentaires et les laxatifs osmotiques sont préférés. Il peut provoquer crampes, diarrhée et déshydratation.
Ensuite, et c’est le point le plus important, la même voie provoque des contractions de l’utérus. L’huile de ricin est donc contre-indiquée pendant la grossesse. La pratique traditionnelle consistant à l’utiliser pour déclencher un accouchement relève d’une décision médicale, jamais d’une initiative personnelle.
Elle est également déconseillée en cas de douleur abdominale non expliquée, d’occlusion, de maladie inflammatoire de l’intestin, et chez l’enfant sans avis médical.
La confusion entre l’huile et la ricine
La graine de ricin contient la ricine, une toxine parmi les plus puissantes connues. Cette réputation rejaillit sur l’huile et inquiète.
La ricine est une protéine. Elle reste dans le tourteau, c’est-à-dire dans le résidu solide après pressage, et elle est détruite par le traitement thermique appliqué à la production. L’huile commercialisée n’en contient pas.
L’évaluation de sécurité publiée par le International Journal of Toxicology pour l’huile de ricin et ses dérivés en usage cosmétique conclut à une utilisation sûre dans les conditions habituelles. [2]
En revanche, mâcher ou avaler des graines entières est dangereux, et cela reste vrai pour les graines vendues en décoration ou en jardinerie.
Cheveux, cils et sourcils : ce qu’on peut en attendre
C’est l’usage le plus répandu aujourd’hui, et celui sur lequel il faut être le plus mesuré : il n’existe pas d’essai clinique montrant que l’huile de ricin fait pousser les cheveux, les cils ou les sourcils.
Ce qu’elle fait réellement est plus modeste et utile. Elle gaine la fibre, limite la casse mécanique et donne un aspect plus épais. Comme pour le collagène marin, l’écart entre la promesse et la mesure est ici le vrai sujet : des cheveux qui cassent moins paraissent pousser mieux, ce qui explique une bonne partie des témoignages.
Quelques repères d’usage :
- En bain d’huile sur les longueurs, mélangée à parts égales à une huile plus fluide, comme l’huile de nigelle, trente minutes avant le shampooing. Pure, elle est très difficile à rincer.
- Sur le cuir chevelu, en massage léger, à condition de ne pas avoir un cuir chevelu gras ou sujet aux pellicules, qu’elle peut aggraver.
- Sur les sourcils, une trace le soir, appliquée avec un doigt propre.
- Sur les cils, avec prudence. Une brosse réutilisée est un nid à bactéries, et le produit qui migre dans l’œil provoque irritation et vision trouble. En cas de port de lentilles, de blépharite ou d’yeux secs, s’abstenir.
Un test dans le pli du coude, quarante-huit heures avant la première utilisation, reste la précaution de base : les allergies de contact existent.
Les cataplasmes abdominaux, très à la mode
Les compresses imbibées d’huile de ricin posées sur le ventre reviennent régulièrement, présentées comme une aide au foie, au transit ou aux règles douloureuses.
L’état des connaissances est simple : il n’existe pas d’essai clinique publié permettant de trancher. Le geste n’est pas dangereux en soi, la peau absorbant très peu, et la chaleur appliquée sur le ventre a un effet apaisant bien connu, indépendant du produit utilisé.
Autrement dit, si vous en tirez du bien-être, rien ne s’y oppose. Mais il ne faut pas en attendre une action sur un organe, et il ne doit pas retarder un avis médical quand une douleur s’installe.
Questions fréquentes sur l’huile de ricin
Quelle huile de ricin choisir ?
Une huile pressée à froid, dans un flacon opaque, sans additif. La mention « Jamaican black castor oil » désigne une variante obtenue après torréfaction des graines : plus foncée et plus odorante, sans supériorité démontrée.
Combien de temps avant de voir un effet sur les cheveux ?
S’agissant d’un effet gainant et non d’une pousse, l’aspect change dès les premières applications. Pour la longueur, aucun produit ne dépasse le rythme naturel, d’environ un centimètre par mois.
Peut-on l’avaler pour se purger ?
C’est son usage historique, et il est déconseillé sans avis. L’effet est brutal, mal dosable, et contre-indiqué dans plusieurs situations, la grossesse en premier lieu.
Bouche-t-elle les pores ?
Elle est épaisse et occlusive. Sur le visage, elle ne convient pas aux peaux à tendance acnéique, sauf en usage ponctuel et très dilué.
Se conserve-t-elle longtemps ?
Elle rancit moins vite que beaucoup d’huiles végétales. À l’abri de la lumière et de la chaleur, elle se garde environ un an après ouverture.
Sources
Sources consultées le 6 septembre 2026. Les numéros dans le texte renvoient aux références suivantes, présentées sans liens cliquables.
- Tunaru S. et al. « Castor oil induces laxation and uterus contraction via ricinoleic acid activating prostaglandin EP3 receptors ». Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA, 5 juin 2012. PMID : 22615395.
- « Final report on the safety assessment of Ricinus Communis (Castor) Seed Oil, Hydrogenated Castor Oil, Glyceryl Ricinoleate et dérivés ». International Journal of Toxicology, 2007. Évaluation de sécurité des usages cosmétiques. PMID : 18080873.


